Une stratégie nationale pour contrer les manipulations étrangères

Pour lutter contre les manipulations de l’information d’origine étrangère et faire face à la désinformation, la France se dote d’une stratégie nationale, structurée autour de quatre piliers : renforcer la résilience de la Nation, réguler les plates-formes numériques, consolider ses capacités opérationnelles et collaborer avec ses alliés.
« Les manipulations de l’information ne sont plus des accidents marginaux du débat public. Elles sont devenues des instruments à part entière de confrontation stratégique […] En brouillant les frontières entre le vrai et le faux et en exploitant les fractures sociales et émotionnelles, elles cherchent à miner de l’intérieur ce que les démocraties ont de plus robuste : la confiance. » Voici comment le président de la République introduit la Stratégie nationale de lutte contre les manipulations de l’information d’origine étrangère qui vient d’être publiée. Élaborée sous l’égide du Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN), elle s’appuie sur des contributions d’experts, de chercheurs, de parlementaires et d’acteurs de terrain et sur quatre piliers fondamentaux. La France se dote ainsi des moyens nécessaires pour se défendre contrer les actes actuels et futurs de la désinformation et préserver les valeurs de notre société.
Renforcer la résilience de la Nation
Le premier pilier vise à faire de chaque citoyen un acteur éclairé par des actions comme la création d’une Académie de la lutte contre les manipulations de l’information. Celle-ci sera en charge de diffuser des ressources pédagogiques : élus, Éducation nationale, médias, entreprises et grand public.
Par ailleurs, la stratégie prévoit le déploiement une filière de formation adossée au monde académique. Elle intégrera les enjeux de manipulation de l’information dans les cursus scolaires, proposera des modules de formation à destination des enseignants et soutiendra des projets de recherche. « Il ne s’agit pas de dire ce qu’il faut penser, mais de garantir que chacun puisse penser librement », affirme Emmanuel Macron.
Réguler les plateformes en ligne et les services d’IA générative
Le deuxième pilier voit l’évolution de la gouvernance du numérique en responsabilisant les acteurs de l’environnement informationnel : plateformes, moteurs de recherche, fournisseurs de services d’IA. Plusieurs actions seront mises en œuvre, tel l’approfondissement du règlement européen sur les services numériques. Elles poseront les bases d’une régulation plus rigoureuse, sous peine de sanctions.
La France entend aussi consolider ses moyens d’analyse des risques informationnels liés à l’IA. Ainsi, le plateau opérationnel interdisciplinaire déjà constitué en France pour détecter, qualifier et anticiper les effets des IA génératives sur l’espace public sera renforcé. Cette stratégie nationale s’attaquera aux mécanismes de financement de manipulation de l’information.
Lutter contre les ingérences numériques étrangères
Le troisième pilier s’ancre dans le renforcement des capacités de veille, de détection et de caractérisation des ingérences. Le dispositif « Comité opérationnel de lutte contre les manipulations de l’information » (COLMI), transformé en une plateforme de coordination opérationnelle et technique, jouera un rôle central dans la détection. Sous l’autorité du SGDSN et du Quai d’Orsay, le dispositif proposera, en fonction des situations, des stratégies combinant divers leviers – techniques, diplomatiques, judiciaires, économiques ou communicationnels. Le but : restaurer la confiance publique, imposer un coût à l’agresseur et prévenir la récidive.
La stratégie suppose une montée en compétence des juridictions territoriales et une amélioration de la coordination entre les services administratifs et judiciaires. D’autre part, la France soutient la création d’une filière souveraine d’investigation en sources ouvertes (OSINT).
Assurer un espace informationnel sécurisé avec nos alliés
Le quatrième pilier vise à construire une stratégie internationale. Tout d’abord par la structuration d’une réponse européenne à la menace informationnelle. Disposant d’un modèle reconnu, la France défend l’émergence d’une communauté européenne de lutte contre la désinformation à travers la diffusion de bonnes pratiques opérationnelles de détection et l’accompagnement des États membres qui le souhaitent.
La stratégie prévoit enfin une présence active dans les enceintes multilatérales. Au sein du G7, la France promeut une meilleure coordination des dispositifs nationaux, en lien avec les engagements pris dans le cadre du Code de conduite pour l’intégrité de l’information. À l’Otan, elle soutiendra l’intégration des manipulations informationnelles au sein de la doctrine de l’Alliance. Et à l’ONU, elle participe au Global Digital Compact.
« La force des régimes autoritaires est de pouvoir contrôler l’information ; la force des démocraties est de pouvoir la confronter », conclut le président de la République. Avec cette stratégie, la France est parée à faire face et à lutter de manière efficace contre ces manipulations.
Infox : face à la désinformation, l’engagement du ministère des Armées et des Anciens combattants Voir le dossier
