Actu défense du 24 mai 2024

Le colloque enjeux opérationnels et défis industriels de défense s’est tenu à l’École militaire


Devant les ingénieurs de la Direction générale de l’armement (DGA), les membres de l’Etat-major des armées (EMA) et les industriels de défense, l’amiral Pierre Vandier, major général des armées, a ouvert ce colloque par un parallèle entre la situation actuelle et l’année 1914. Le manque d’obus est alors criant. Un jeune mobilisé, revenant de voyage des Etats-Unis, propose d’appliquer le fordisme à la fabrication d’obus. « Il fait ériger une usine de 15 000 hectares, ultra-moderne qui produit 23 millions d’obus à raison de 10 000 par jour, sept jours sur sept », indique l’amiral. A la fin de la guerre, l’individu anticipe la conversion de son usine en usine de voiture : la marque Citroën est née. « Nous ne sommes pas en 1914, nous ne sommes pas en guerre, mais je constate qu’aujourd’hui nous parlons toujours d’obus, affirme l’amiral Pierre Vandier. Comme en 1914, nous avons un écart entre le besoin et la capacité de production. »

Cette journée fut l’occasion de rebondir sur plusieurs thématiques ayant trait à l’économie de guerre : priorisation des stocks, accélération des cadences de production, simplification des procédures administratives, capacité à prendre des risques pour les entrepreneurs, le tout sur fond d’aide à l’Ukraine et de bouleversements de l’environnement stratégique. Dans ce contexte, le ministère des Armées se mobilise depuis deux ans pour simplifier ses relations avec les industriels afin d’accélérer la production des matériels. La DGA a lancé à ce titre une enquête en 2023 auprès des entreprises afin de recueillir leurs propositions pour fluidifier les processus avec l’institution. Emmanuel Charpy (DGA) et le colonel Hervé Mermod (EMA) ont aussi présenté la Force d’acquisition réactive (FAR) dont ils sont les copilotes. Ce nouvel outil, mis en place l’année dernière, permet de réduire les délais d’acquisition de matériels par les armées, de l’expression de besoin à la mise en service. La FAR a ainsi permis d’accélérer 15 dossiers concernant différents matériels : une réussite qu’il faut poursuivre.

« L’économie de guerre, ce n’est pas une mode, ce n’est pas une parenthèse, a déclaré Sébastien Lecornu, ministre des Armées, en conclusion du colloque. Le contexte stratégique montre qu’il n’y a pas beaucoup de cas de figure dans lesquels nous n’aurions pas besoin de réactivité et de fluidité entre celles et ceux qui sont chargés de produire et celles et ceux qui sont chargés d’utiliser ces armes. » Ces transformations sont durables et doivent guider les futurs projets. Le ministre a ainsi félicité les équipes du ministère pour le travail déjà engagé, et demandé au délégué général pour l’armement, Emmanuel Chiva, de proposer d’ici septembre un « choc de simplification » sur les nouveaux programmes. Objectif : limiter les multiples processus qui ralentissent bien souvent le développement des projets. Sébastien Lecornu a également cité les chantiers à venir, comme les financements aux entreprises de défense parfois difficiles à obtenir ou encore le changement culturel à opérer sur la prise de risque, en relevant que « celui-ci ne se signe pas dans un parapheur, mais se construit dans la durée ». De nouvelles perspectives d’amélioration qui ont trouvé un écho favorable dans la salle.