Actu défense du 10 mai 2024

70 ans de Diên Biên Phu : Sébastien Lecornu et Patricia Miralles au Vietnam

Du 13 mars au 7 mai 1954 se jouait la bataille sanglante de Diên Biên Phu, opposant le corps expéditionnaire français d’Extrême-Orient et le Viêt-minh communiste d’Hô Chi Minh. Soixante-dix ans plus tard, et pour la première fois, le ministre des Armées et sa secrétaire d’État sont invités à la cérémonie nationale vietnamienne pour commémorer cette histoire commune. Ils rendront également hommage aux soldats français tombés sur place au cours d’une cérémonie dédiée.

Ce déplacement est par ailleurs l’occasion de renforcer les liens en matière de défense, et d’afficher une volonté partagée de contribuer à la stabilité de l’Indopacifique, notamment en Asie du Sud-Est. Au regard des enjeux sécuritaires actuels dans la zone, la position géographique du Vietnam est stratégique. Cette perspective de consolidation du partenariat franco-vietnamien s’inscrit pleinement dans la volonté de la France de développer la relation bilatérale dans de nouveaux domaines d’intérêts partagés : mémoire, santé militaire, formations, escales maritimes, maintien de la paix et équipements de défense.

« Dans un monde instable et dangereux où certains acteurs n’hésitent plus à piétiner les principes fondamentaux du droit international, la France veut travailler davantage avec le Vietnam pour consolider la stabilité de l’Indopacifique, où vivent 1,6 millions de nos compatriotes d’outre-mer, et celle de l’Asie du Sud Est en particulier en lien avec l’ASEAN et ses Etats membres », écrivent Sébastien Lecornu et Patricia Miralles dans une tribune conjointe parue dans la presse.

La bataille de Diên Biên Phu, qui s’est déroulée au Vietnam entre le 13 mars et le 7 mai 1954, n’a pas encore livré tous ses secrets. À l’occasion du soixante-dixième anniversaire de cet évènement qui amorça la fin de la guerre d’Indochine, le lieutenant-colonel Ivan Cadeau, officier historien au Service historique de la Défense (SHD), revient sur les aspects connus et méconnus des combats.

Soixante-dix ans après Diên Biên Phu, quel état des lieux peut-on effectuer de cette bataille ?

La trame générale des combats qui se sont déroulés dans la vallée de Diên Biên Phu est désormais assez connue. Plus de 15 000 combattants vont se battre côté français. Trois mille sont tués au cours des combats et, sur les quelque 11 000 prisonniers, des milliers ne reviendront pas des camps du Viêt-minh. La France, à l’instar du Vietnam, commémore la bataille chaque année mais pour des raisons différentes. De manière schématique, ce conflit reste largement éclipsé par son pendant américain chez les Vietnamiens. Pour les Français, la guerre d’Algérie a davantage retenu l’attention. Par ailleurs, les derniers témoins s’en vont et il n’est pas toujours facile pour Paris et Hanoï d’y intéresser leurs jeunesses respectives. Diên Biên Phu a pourtant été le théâtre de nombreux faits d’armes réalisés par les soldats du corps expéditionnaire, qu’ils soient français, vietnamiens, légionnaires ou encore africains. Certains sont notoires, comme ceux des parachutistes ou de la Légion étrangère, quand d’autres sont un peu passés sous silence.

Justement, reste-il encore des parts d’ombre ?

Nous disposons de nombreux témoignages sur les opérations. Ils ont cependant tendance à surreprésenter des aspects de la bataille et à en écarter d’autres. Quid, par exemple, de l’action de certaines armes et services dont on ne parle jamais ? Ou encore des 2 000 prisonniers du Viêt-minh internés dans les rangs français ? Ces derniers ont notamment participé à la construction du camp retranché. Mais l’histoire ne dit pas grand-chose sur leur sort pendant et après les combats. Je peux aussi évoquer la population locale qui est parfois restée au plus près de la mêlée. Il y a donc encore une foule d’anonymes dont le récit n’a jamais été écrit car les données et les archives manquent.

Pourtant, les archives sont déjà consultables, non ?

Elles sont toutes ouvertes et communicables en France, la plupart conservées au SHD. Mais ce n’est pas encore le cas côté vietnamien. C’est pourtant nécessaire afin de voir de l’autre côté du miroir et pour être en mesure de confronter les points de vue. S’il y a eu des avancées très nettes, seule une histoire comparée permettra d’acquérir une compréhension globale de la bataille de Diên Biên Phu.